Holyrood park sous la neige - Ce script de bande dessinée qui m'a libérée

A l’hiver 2021, dans le cadre de mon cours de Master d’écriture de scénarios, j’ai découvert avec amusement et étonnement, l’écriture de scripts de bandes dessinées. Si j’ai toujours aimé lire des bandes dessinées et des romans graphiques, je n’aurais jamais envisagé une seconde en écrire, puisque le dessin ne fait plus vraiment partie de ma vie depuis l’enfance. Cela ne veut rien dire, certes, mais quoiqu’il en soit, je me suis surprise moi-même. Et c’est un script de bande dessinée qui m’a particulièrement marquée, transformée, libérée.

Ombres et lumières à Edimbourg - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

Le script de bande dessinée, un format libérateur

Je me suis surprise à aimer ce cours, à aimer le format, à lire des ouvrages et des articles sur le processus de création de ces scripts et bien sûr, à en créer moi-même. Nous avions pour devoirs de créer un script de BD par semaine, avec à chaque fois, de nouvelles contraintes et objectifs. Je me suis prise au jeu avec ferveur, car il y a, dans la contrainte créative une grande liberté d’exploration, et car le format en lui-même, une fois que l’on en a appris les codes, est immensément libérateur, d’autant plus en tant qu’apprentie scénariste. En effet, il n’y a plus les limites de budget, de lieux ou d’équipes, et la vision pour l’histoire, tout du moins à ce stade de la création, est dans les mains de l’auteure. La control freak en moi était ravie, et c’était également le terrain parfait pour laisser libre cours à mon imagination débordante. Déjà appelée depuis le début de ce Master par la science-fiction, je me limitais alors encore, incapable d’imaginer comment ma vision pourrait devenir un film ou une série à petit budget à ce stade de ma carrière. Les scripts de bande dessinée ouvraient tous les possibles, en termes de localisation au bout du monde, de phénomènes surnaturels, de possibilités de mêler auto-fiction et science-fiction, et soyons honnêtes, de voyage dans le temps et l’espace (mes deux grands dadas inavoués).

Kuma, mon premier script de bande dessinée - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

Alors oui, ces scripts que j’écrivais, semaine, après semaine, ont eu un effet libérateur et de catalyseur, pour mon style, pour ma voix et pour trouver ma place en tant que scénariste et auteure. Je me permettais aussi d’écrire des scripts plus drôles et légers, alors que toute ma vie, je m’étais tenue éloignée de l’humour. Il y avait vraiment quelque chose d’activant, d’envoûtant presque, à se lancer dans un nouveau format, une nouvelle activité, un nouveau mode d’écriture, une nouvelle perspective. Et c’est bien normal finalement: c’était casser les habitudes, les circuits routiniers du cerveau, pour trouver un autre chemin, un autre cheminement, une autre manière de faire.

J’ai écrit un script silencieux qui racontait l’histoire de ma rencontre avec un ours au Japon. J’ai écrit un script rocambolesque, dans l’espace, qui parlait de méditation, de Trump, d’ombres et de lumières. J’ai raconté ces trois fois, où l’on m’avait suivie dans la rue, en voyage et en France. J’ai adoré parler de politique, d’appartenance, d’identité et de nomadisme, à travers l’histoire et le cadre de la ville de Trebinje en Bosnie-Herzégovine

Et puis, il fût temps d’écrire ce dernier script, celui sur lequel nous serions notés, celui sur lequel nous n’aurions aucune contrainte, celui qui pouvait être plus long, celui qui conclurait cette escapade sur le terrain de la bande-dessinée.

Eclairage sur mon processus d’écriture

Pour la première fois, c’est la structure, le format de la bande-dessinée, qui est venue à moi, avant même d’avoir une idée d’histoire, de thèmes ou de personnages. J’étais en cours de Graphic Fiction et j’écoutais un intervenant, tout en prenant des notes et en poussant ma réflexion. En cours, j’aime écrire tout ce qui se dit, mais aussi laisser mes pensées, réflexions, introspections personnelles s’envoler d’elles-mêmes, et c’est souvent comme cela que je trouve certaines de mes meilleures idées. Cette structure est venue à moi, complètement expérimentale, complètement inédite, si particulière, que je savais que je devais la réaliser. Mais une telle structure, avait besoin d’une histoire bien précise, qui rentrerait dans ces cases et qui serait sublimée par ce format. La structure est toujours pour moi évidente, innée, ancrée et je peux difficilement la rationaliser avant que l’oeuvre soit terminée, mais je sais aussi que la structure, doit être le miroir du récit, car sinon il y aura dissonance.

J’avais envie de continuer d’expérimenter avec la fusion entre le récit de voyage, le stream-of-consciousness et la science-fiction, qui devenait petit à petit ma marque de fabrique dans tout ce que j’écrivais. Quand j’imaginais cette histoire, cette idée, la première image qui me venait était que je me voyais randonner et aller à la rencontre d’une autre personne, d’une autre époque, d’un autre lieu. Le titre, In her shoes, est ensuite apparu comme une autre évidence. En me promenant sur la plage de Portobello, par une belle journée hivernale et ensoleillée, je me suis souvenue d’une sensation, d’une émotion indéfinissable que j’avais vécue quelques week-ends auparavant, en ce même endroit: la nostalgie pour un lieu – la plage de Portobello et par extension Edimbourg – que je n’avais pas encore quittée, mais que je savais que je quitterai un jour. Et cette émotion, m’a ramenée à toutes ces émotions, toutes ces connexions, toutes ces sensations que j’avais ressenti, souvent en voyage, souvent en randonnée, cette connexion à quelque chose de plus grand que moi, cette unicité, ce bonheur indescriptible et bittersweet à la fois, cette grandeur et cette humilité dans un grand tout, cette profonde sensation d’appartenance et de non-appartenance…

La ville d'Edimbourg et Arthur's Seat sous la neige - Ces émotions indescriptibles ressenties en voyage - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

C’est si indescriptible, que je me perds dans des superlatifs. Mais c’est bien là la beauté de ces sentiments. Ces émotions, ces sensations sont impossibles à décrire ou à rationaliser. Elles se vivent. Et là, j’ai ensuite pensé à tous ces mots qui existent pour ces sensations, mais qui n’existe que dans une langue et sont irrémédiablement intraduisible, comme s’ils n’avaient lieu d’exister que dans une langue, que l’on ne pouvait pas en demander plus, qu’ils étaient liés à un contexte, une personne et le grand tout à la fois. Le Wabi-Sabi par exemple en japonais. La Dérive. La Saudade. Le Sehnsucht.

Et même si cela semblait bien peu, j’avais assez pour commencer ce script, tout du moins les premières pages. Alors, je me suis lancée, depuis mon canapé, mon lieu d’écriture de prédilection, en suivant les mots et les images, les sensations et la structure, me concentrant tout d’abord sur la partie qui me concernait, la voyageuse et la randonneuse prenant facilement forme sur la page. Je me laisse toujours guidée et je ne juge jamais ce qui sort de prime abord, même si c’est surprenant, même si cela ne fait aucun sens rationnel. C’est pour moi là où se trouve la magie de la créativité. Dans l’intuition, la présence et la révérence.

Un personnage, un blocage créatif

Très vite, je suis arrivée à la question de qui était l’autre personnage. Je savais que c’était une femme japonaise, du nom de Akira, mais je sentais un blocage profond en moi sur les actions qu’elle devait mener. C’était une situation qui ne m’était pas étrangère, puisqu’en parallèle, dans un autre cours, j’écrivais mon premier pilote de série et j’avais appris, à travers ces semaines d’écriture et grâce à mon mentor, comment je contrôlais mon personnage principal dans une situation précise, et ne la laissait pas agir comme elle le ferait d’elle-même, en projetant mes propres attentes, ma propre psychologie, mes propres traumas sur ses décisions, ses actions et son dialogue. Cela avait été douloureux de le réaliser, de lâcher prise et de la laisser devenir qui elle était, mais j’avais appris ma leçon, tout du moins au point où j’en étais capable. Alors, si je ressentais un blocage à ce moment-là, en écrivant cette bande-dessinée, c’est que le blocage était intérieur, venait de ma propre intériorité et de ma propre histoire et pas d’un personnage particulièrement timide. Je raconte tout cela avec beaucoup de recul et de conscience de mes mécanismes intérieurs, mais sur le moment, c’était beaucoup plus du ressenti et de l’inconscient que de la conscientisation.

Je me suis alors demandée une chose, une question cruciale qui allait pouvoir dénouer tous les noeuds de ma créativité et de ce script de bande dessinée. « Si ces deux âmes se rencontraient à travers le temps et l’espace, si cette structure avait été mise en place pour cette histoire, pourquoi se rencontraient-elles? De quoi avait besoin Akira, venue du passé pour rencontrer mon alter-ego sur la page? » La réponse ne s’est pas faite attendre. Akira était là pour se libérer d’un trauma inter-générationel, et dans le cadre de mon histoire, d’un trauma passé d’âme à âme, inter-âmes en quelque sorte. C’était une évidence, mais le poids de cette réponse, et les conséquences que cela aurait sur mon écriture, l’histoire que je raconterai et ce que je révèlerai de ma propre histoire, s’est effondré sur moi, comme une pierre qui soudain me tombe dans l’estomac.

Holyrood park sous la neige - Un personnage, un blocage créatif - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

Transcender le blocage créatif par, la danse, le corps et l’émotion

A ce moment-là, j’étais incapable d’écrire cette histoire. J’ai fermé mes cahiers, résolument décidée à y revenir le lendemain, quelques jours seulement avant le deadline de mon examen final, mais aussi consciente que je n’en avais pas la force à ce moment-là. Parce qu’une fois que j’avais lever le voile et que j’avais la vérité sous les yeux, sous la forme de cette simple réponse, j’étais incapable de la contourner, de la détourner ou d’écrire une autre histoire. J’allais devoir l’écrire, la faire sortir de mon intériorité et surtout la partager, dans le cadre d’un examen…

J’ai dormi et le lendemain, avant de me remettre à écrire, j’ai dansé. La danse me permet depuis plusieurs mois de vivre mes émotions, de les libérer, de les transmuter, de les mettre au jour, de les révéler. Je danse des émotions, des personnages, des situations, des histoires. Il y a quelque chose dans cet ancrage dans le corps, qui me sort de mon cerveau, mais qui permet aussi de confronter les situations et les émotions négatives, sans vraiment tout comprendre. C’est puissant et doux à la fois. Alors j’ai dansé cette histoire, ce script, ce personnage, Akira, ces émotions lourdes, cette thématique qui était induite, ces souvenirs que j’aurai à raconter, d’une manière ou d’une autre. Tout ça, de manière indifférenciée, parce que toutes ces choses, étaient la même chose, une part d’ombre, que j’étais prête à mettre au jour, à mettre en lumière, par l’écriture.

Edimbourg dans une tempête de neige - Transcender un blocage créatif par le corps, la danse et l'émotion - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

La danse, et les pleurs qui l’ont accompagnée, ont été libérateurs. L’écriture du script l’a été encore plus. Malgré la structure compliquée, malgré les différents éléments à faire fonctionner et fusionner ensemble, ce script est sorti d’une traite, déjà prêt, déjà structuré, déjà précis. L’histoire existait déjà, depuis bien longtemps. Il fallait simplement que je trouve en moi le courage, la force, la conviction, de lui donner une matérialité.

La puissance de la révélation au monde d’une oeuvre artistique

J’ai écrit dans la foulée, le journal créatif accompagnant, qui a donné encore plus de clarté et de lumière au thème et à mon processus créatif. J’ai parlé avec quelques amies, parce que venait alors une autre difficulté, un dernier blocage. Partager cette histoire, dans le cadre d’un examen, à mon professeur, d’autant plus un homme, était sans doute l’un des actes créatifs les plus vulnérables que j’ai pu faire. Parce que, au-delà du trauma inter-âmes, je parlais de viol conjugal et que, même si la réalité et la fiction se mêlent toujours aisément dans mes écrits, j’étais, de toute évidence, l’un des personnages de ce script de bande dessinée, je racontais une partie de mon histoire, et je racontais aussi celle de proches.

Mais, je ne pouvais pas repartir en arrière. Je l’ai envoyé à mon professeur. J’ai essayé de ne pas tomber dans la culpabilité, le jugement de moi-même et sur ce que cela voudrait dire d’être notée sur un texte si personnel. La prise de risque de l’artiste est parfois, (souvent?) associée à une menace de mort, si tant est qu’elle n’est physique.

J’ai eu la meilleure note que j’aurais au cours de ce Master. J’ai aussi eu la meilleure note dans toute la classe et des félicitations chaleureuses de mon professeur, qui me poussait à la publier. J’ai montré ce script à quelques autres proches. Et il marque à chaque fois les esprits et les coeurs. Mais je crois, que ce n’est pas cela le plus important.

Ce qui compte, c’est ce que j’ai pu révéler, partager, à travers mon art, cette histoire qui pesait en moi et que je n’avais jamais vraiment su raconter, cette situation, qui revenait souvent me tourmenter et ces émotions, que j’ai pu libérer à travers la danse et l’écriture. Et ensuite bien sûr, le fait d’être vue, witnessed, soutenue, held, et aimée, loved, avec bienveillance, amour et compassion, par un inconnu et des ami.es, dans cette situation qui me pesait, entremêlant honte et culpabilité.

Lucie Aidart - La puissance de la révélation de ton art au monde - - Ce script de bande dessiné qui m'a libérée

Et c’est la puissance de l’art, de ton art, de tes émotions, si tu les laisses s’exprimer, se mettre au jour et que tu les partages. La puissance de guérison, d’amour et l’effet ricochet que cela a autour de toi, pour toi et à travers toi.

En écrivant ces lignes, en mettant les mots sur ce qui s’est passé, en partageant au monde que cette histoire existe, en sachant bien que je ne peux plus contrôler en publiant cet article, qui lira ces lignes ou non, c’est une autre étape de révélation. La prochaine est la publication. Et ça, j’y travaille encore. Intérieurement d’abord, extérieurement et concrètement ensuite.

Et c’est comme cela que la lumière ressort et s’étend, en plongeant dans les profondeurs et en acceptant le chemin de créativité et de création qui nous transporte et nous emporte…

PS: Quelques jours plus tard, j’ai décidé de créer l’Envol, une série audio intuitive qui raconte mes éveils spirituel, créatif et écologique et qui s’écrira toutes les semaines dans vos oreilles, révélant en toute authenticité, la puissance du travail créatif quand il est vu, lu et reconu.

Y-a-t-il en toi, une idée créative, un projet créatif, un écrit ou une oeuvre d’art, que tu n’arrives pas à commencer ou à terminer, une question que tu n’arrives pas à poser, une idée subtile qui te rend inconfortable et que tu n’arrives pas à matérialiser, car quelque chose au fond de toi te retiens, car tu sais qu’une vérité se cache au fond de toi, une vérité que tu n’as pas envie de regarder, d’observer, de vivre, de ressentir?

Découvre le programme de coaching Le Cocon pour illuminer ta créativité et ton intériorité et avancer avec plus de confiance, de joie et de sérénité dans tes projets d’écriture, artistiques et créatifs.

Le Cocon te permettra d’identifier, de vivre, de transformer ces parts d’ombre, pour aller vers la lumière, ton art, ta créativité et ta puissance. C’est parfois dans l’inconfort que se trouve la magie. Je serai heureuse de travailler à tes côtés et être le premier témoin de ta transformation dans ce cocon.

You might also enjoy:

1 Comment

Leave A Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.